« Un seul être vous manque et tout est dépeuplé ».

NCet article je l’ai pensé il y a des années. Je l’ai pensé depuis toujours et pourtant, je n’ai jamais forcément eu le courage de le partager avec vous, ni même de l’écrire pour moi mais, qu’est-ce que j’aurais aimé me lire si je devais à nouveau traverser l’une des plus grosses ruptures que le cœur puisse supporter….

Je me permets de partager ce bout de mon cœur avec vous, qui comme moi, vivez pour eux…

Celui qui n’a pas perdu un être cher n’a pas l’idée de la force que nous possédons. Et ce n’est pas une force que l’on revendique, nous n’en sommes pas à là. Tous les jours nous apprenons sur le tas, à panser des peines inconsolables et à pleurer nos êtres chers jusqu’à ce que les larmes soient figées dans le cœur et qu’on finisse par s’habituer à une certaine forme de douleur…

Ce n’est pas une force à laquelle on se prépare et que l’on souhaite monopoliser…Vous ne verrez jamais quelqu’un qui a perdu sa mère d’une mort soudaine, prétendre avoir plus mal que celui qui a perdu son père d’un cancer en estimant « qu’il s’y était préparé », que celui qui fait son deuil à 10 ans souffre davantage que celui qui en 40 et moins que celui qui en a 20 … Seuls les cœurs lésés savent que la logique dépasse l’entendement… « Être préparé » à la séparation ne veut rien dire… Ce sont des larmes d’enfants que l’on pleure tous…

On a littéralement l’impression d’avoir le cœur arraché. Tout est chamboulé : Le parcours émotionnel, spirituel, familial et social. Pas les vulgaires ruptures du chéri, ni même les traumatismes du divorce (bien que l’on compare souvent cette séparation à un deuil). Vous avez l’impression que tout perd du sens : la logique, le goût de la vie, de l’amour et le sentiment d’être abandonnée n’a jamais été aussi palpable…

« Back when I was a child Before life removed all the innocence My father would lift me high….Spin me around ’till I fell asleep, then up the stairs he would carry me. And I knew for sure I was loved » – LUTHER VANDROSS LYRICS « Dance With My Father »


On pleure des larmes de sang et croyez-moi sur paroles, vous n’arrêterez jamais de pleurer un être parti… Vous espacerez éventuellement cette douleur si profonde et si familière de vos pensées mais, les liens d’amour et les liens de sang sont ceux que rien ne peut effacer… Même pas la mort…

Certains disent « avoir fait le deuil » et la réalité derrière ce « avoir fait le deuil » c’est tout simplement de réaliser, d’accepter et de laisser l’idée que le prochain rendez-vous avec votre être soit sur cette terre. Si il y a un prochain rendez-vous, ce n’est pas ici… D’accepter que les cris du coeur que vous pleurez chaque soir et que les genoux posés sur le sol de votre chambre ainsi que dans tous les sanctuaires pensables ne ramèneront personne… La réalité est qu’un jour, vous vous lèverez et même la tristesse aura retiré les larmes qu’elle vous a accordé… Votre sourire ne sera jamais plus le même non plus… Vous rirez aux éclats et serez inondé.e.s de joies à plusieurs occasions marquantes dans votre vie avec toujours dans le coeur ce « what if she/he was still here »…

Ça change littéralement toute votre vision de la vie : « Un seul être vous manque et tout est dépeuplé ». Vous êtes comme désorienté.e.s… Les vrais vautours qui rodent autour de votre famille se manifestent… Qui vous aime ? Qui vous aimera toujours si vous n’êtes pas à la hauteur ? Avez-vous droit à l’erreur ? Qu’est-ce qui va vous arriver ? Vers qui vous tourner ? Quel est votre place aujourd’hui en tant qu’individu ? Et dans la société ? Est-elle/il fier.e de moi ? Comment a t-elle pu partir en sachant que je suis là ? Il y avait-il une autre option ? Ai-je mérité cela ? Tant de questions naissent lors d’un départ..

« If I could get another chance Another walk Another dance with her I’d play a song that would never ever end How I’d love love love To dance with my mother again » – LUTHER VANDROSS LYRICS « Dance With My Father »


Vous savez, on se tourne toujours vers l’épaule qui reconnaît la mesure de notre douleur et, il y a quelque chose d’étrange qui se passe lorsque les gens reconnaissent leurs douleurs au travers des autres… Une sorte de sentiment solidaire…  Un seul regard suffit à comprendre, à témoigner sa détresse et à rassurer… Il m’arrive encore aujourd’hui de tant pleurer quand un de mes proches perd un parent tellement je sais combien il souffre et, de n’avoir rien à offrir pour apaiser son cœur est très attristant.

Nous vivons aujourd’hui dans un monde où tout est changeable, transformable, rectifiable et, l’échec n’est qu’une leçon pour mieux rebondir… Mais face à la mort, nous restons impuissants. Il n’y a pas d’option, pas de retour en arrière, pas de version modifiable, de garanti, de rebondissements (enfin pas sous la forme à laquelle on s’attend)… Nous sommes dans un monde où nous ne sommes tout simplement pas prêts pour vivre des situations irréversibles (quel-quelles soient) alors imaginez de devoir dire adieux sans avertissement.

On parle d’ailleurs très souvent de 7 étapes du deuil qui illustrent parfaitement l’état d’esprit de beaucoup d’entre nous.

  1.  Le choc est le moment où l’annonce du décès est effectuée. Celle-ci déclenche un état de trouble émotionnel très fort, un traumatisme. La vie bascule tout d’un coup. Certaines personnes ne réalisent pas toujours tellement c’est violent…

  2. La première réaction suite à l’annonce, une fois le choc passé, est de ne pas accepter la situation. C’est la phase du déni. Il s’agit d’un mécanisme de défense qui, généralement, ne dure pas. La confrontation avec le corps du défunt, permet de passer à l’étape suivante.

  3. Vient ensuite la colère. Le sentiment de vivre une situation profondément injuste s’abat sur nous. « Pourquoi est-ce arrivé ? » « Il y avait tant d’autres personnes à prendre avant elle/lui ». La colère qui en résulte peut être tournée vers soi, vers le disparu, vers un proche ou vers l’équipe médicale (si c’est le cas d’un.e. malade). Tout dépend des circonstances du décès.

  4. S’en suit une phase de dépression puis de résignation, marquée par une profonde souffrance. vous n’avez tout simplement plus le goût a la vie, plus envie de rien. Vous êtes passives, comme si vous attendiez à votre tour de mourir par le fruit du hasard… « Elle n’a qu’à venir me prendre, je suis prête »…

  5. Lors de la phase d’acceptation, la situation est acceptée et le retour à la vie commence. Ca peut prendre du temps, mais je crois que lorsqu’on est parent et bien dans ses baskets (par exemple) ça peut servir de tremplin pour se relever un peu plus vite.

  6. Dans la phase de reconstruction, c’est une nouvelle vie qui est envisagée. Il est temps de se tourner vers l’avenir, de se rendre compte de l’impacte qu’un parent à sur vous et celui que vous pouvez avoir auprès des autres. Les priorités sont revisitées, les petits plaisirs reviennent et l’idée d’être heureuse parce que vous le leur devez est marquée à l’encre bleue dans votre cœur.

Vous ne serez certainement pas seule durant ces différentes étapes. Il y a des jours où vous serez réceptives et d’autres très seules. Dépendamment de vos croyances et sans doute de votre sensibilité face à « l’invisible », vous aurez toujours des petits signes de l’être parti (je ne vous parle que de mon vécu) qui vous fera comme un coucou de là-bas. De temps en temps vous vous retrouverez même à sourire et à tout simplement dire merci dans le vide… Avec le sentiment d’avoir retrouvé (différemment) l’être disparu.

« Every night I fall asleep and this is all I ever dream  » – LUTHER VANDROSS LYRICS « Dance With My Father »


Ce témoignage tout en pudeur pour vous dire que vous surmonterez cette peine inqualifiable et si injuste… Embrassez le parcours qui vous mène à l’acceptation et ne vous excusez pas pour la sensibilité que cela comprend. Vous avez le droit d’être détruite, vous avez le droit d’être en colère, de ne pas être lisse, de pleurer sans être consolable et d’être perdu.e.s. La société a tendance à aller trop vite à n’en plus accepter les absences et temps mort de ce que le chagrin emmène. Il est essentiel voir même vital de mettre la pause nécessaire pour vous lancer à nouveau. Il n’ y a qu’en parcourant ces étapes avec sincérité que vous en sortirez fort.e.s. Certaines s’appuieront sur la force de la foi, d’autres à la vie pour se relever et continuer ce parcours qu’est la vie. Votre temps n’appartient pas aux autres… Ces personnes qui vous pousseront à survoler votre deuil seront les mêmes qui ne comprendront pas pourquoi vous le faite 10 ans plus tard… « bah, ça fait 10 ans, je ne comprends pas pourquoi tu le vis comme si c’était hier »… vous diront-elles… Mais que savent-elles de la notion du temps dans un cœur brisé ? 10 ans est relatif tout d’un coup…

Quoiqu’il advienne, un enfant (aussi âgé qu’il soit) pleurera toujours son parent et, si vous vous attendez à ce que cela soit des larmes d’adulte… Vous faites erreur. Nous nous sommes tous et toutes retrouvé.e.s dans les bras de ceux qui nous ont donné la vie et tout appris. Ce sont les cris d’un enfant qui pleure… Il n’y a rien à développer…

Pour une note un peu plus tendre et légère, à la question « est-ce qu’il/elle est fière de moi », la réponse sera toujours oui … Aux yeux d’un parent, même le plus grand bandit a toujours une place… Vous pensez sincèrement que de là où il est il a encore le temps de voir vos échecs ? Non… il voit vos efforts… Et fonctionner si bien avec un si gros handicap est toujours admirable… Parce que les gens ne savent pas… Il n’y a que ceux qui l’on vécu qui sont en mesure de comprendre l’ampleur de la rupture et du courage nécessaire qu’il faut pour se lever tous les matins après l’annonce d’un décès… Si vous êtes debout aujourd’hui, alors ils sont déjà si fiers. Ne laissez pas n’importe qui être le garant de cela ! « Ta mère n’aurait pas été fière …. » Ne permettez jamais à quelqu’un d’autre d’être le référend de votre lien avec votre parent…

Si les gens sont déçus de vous qu’ils parlent pour eux… « je suis déçu »… mais trop souvent les faibles d’esprits utilisent des noms plus forts pour faire passer leurs idées … Ils ne seront jamais dans leurs droits…

Vivez pour vous et aussi pour eux… On doit le bonheur à tous ceux qui nous le souhaitent sincèrement… C’est la plus belle chose qu’on puisse offrir aux gens qui nous veulent du bien…

Vous vous demandez toujours d’où vient ma joie de vivre… Voilà ce que je vous réponds :

Après avoir broyé du noir et pleurer à en vomir (littéralement), je me suis levée un jour en constatant que la vie m’avait offert de beaux cadeaux… La nature a horreur du vide vous savez ? Elle finit toujours pas vous rendre ce qu’elle vous a pris (sous une forme différente)…. Je me suis rendue compte que j’avais une famille incroyable (et je pèse mes mots), que ma mère bien que partie, valait tant à mes yeux et à laisser les plus beaux sentiments qu’un être puisse espérer dans une vie. J’ai eu une enfance dorée….Je pourrais écrire un livre tant elle est riche d’histoires… Ces copines lui disaient toujours « Élise tu gâtes trop tes enfants »… et sa réponse était tout simplement « je vis pour eux et ne sais pas de quoi demain est fait … je ne vais pas non seulement travailler mon argent pour que vous veniez me dire comment le dépenser en plus »…. Maman tu avais tellement raison… Aujourd’hui, quand je vois des jeunes femmes se disputer avec leur mère je me dis « qu’est-ce qu’elles en ont de la chance »… Parce que même un jour de dispute avec elle j’aurais rêvé … Mais de vous à moi, j’ai eu une mère à la hauteur et elle mérite d’avoir une fille du même rang…

Prenez toujours le temps de dire « je t’aime » ce mot tout simple laisse le plus beau des sillages au coeur… Elle est partie aimée et je vis sereine…

Voilà d’où vient ma joie de vivre…

Enfin…

Je vous laisse sur une prière (et je précise que je ne mélange pas la religion ici). Vous connaissez mon amour pour les citations, légendes et adages. Je ne vois pas pourquoi je me priverais ou vous priverais de certaines prières juste parce qu’elles sortent du petit livre rouge. Elles sont (au même titre que les autres écrites par des philosophes et bons penseurs), poignantes et inspirantes…

Voici donc la Prière  du Père Dominicain AntoninSertillanges (1863-1948) pour les familles en deuil. « Par la mort, la famille ne se détruit pas, elle se transforme « .

« Par la mort, la famille ne se détruit pas, elle se transforme, une part d’elle va dans l’invisible. On croit que la mort est une absence, quand elle est une présence discrète. On croit qu’elle crée une infinie distance, alors qu’elle supprime toute distance, en ramenant à l’esprit ce qui se localisait dans la chair….Vivre, c’est souvent se quitter ; Mourir, c’est se rejoindre. Ce n’est pas un paradoxe de l’affirmer. Pour ceux qui sont allés au fond de l’amour : la mort est une consécration non un châtiment….. Plus il y a d’êtres qui ont quitté le foyer, plus les survivants ont d’attaches célestes. Le ciel n’est plus alors uniquement peuplé d’anges, de saints connus ou inconnus et du Dieu mystérieux. Il devient familier, c’est la maison de famille, la maison en son étage supérieur, si je puis dire et du haut en bas, le souvenir, les secours, les appels se répondent. Ainsi soit-il. »

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HOW IT BEGAN ?

I had no plan! Here is my truth. Didn’t hire a storyteller and will not lie so here I am! An avid life lover, who traveled enough to feed her creativity. The glamorous, the nomad, the retro, the clean and opulence… I’ve seen and loved them all. Life is too short to have rules and structures when it comes to art.. “You have to choose what your brand should look like”- they said… I want my brand to be felt… Fragments of emotions captured on textiles that’s all: MVSE.

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